Injustice, année un

Présentée comme la bande dessinée du jeu vidéo "Injustice", cette année un est servie chez Urban Comics en deux tomes épais (VF). Effectivement, la parenté avec le jeu vidéo saute au nom, mais il ne faudrait pas s'imaginer trop de parallèles entre les deux histoires, parce que justement il n'est plus question de mondes parallèles dans le format papier.

jeu vidéo : après le meurtre de loïs par le Joker, Superman impose une dictature au monde. Batman fricote alors avec un univers parallèle pour aller chercher une nouvelle équipe de justiciers capable de l'arrêter.
comics, année un : après le meurtre de loïs par le Joker, et le meurtre du Joker par Superman, ce dernier rassemble des héros pour s'ingérer dans les affaires humaines et imposer la paix. Batman s'y oppose et une lutte entre les deux figures de la JLA s'engage.

N'étant pas un assidu des comics, je ne pourrais vous dire qui a commencé, mais Injustice repompe toutes les bonnes recettes de Civil War (le comics, pas le film) : antagonisme de deux super-héros phare de l'univers, prise de positions des héros pour un camp ou l'autre, décès qui viennent remettre en question les fidélités ou les confirmer, histoire qui bouleverse les codes habituels du monde sur plusieurs années, et j'en passe... Superman et Iron Man partagent également des points communs, le côté invulnérable, les rayons dévastateurs, le vol dans l'espace, les démons intérieurs, les ennemis planétaires, etc...

Néanmoins, sur certains points, il fait mieux que le récit Marvel. D'abord par la place qu'il laisse aux femmes. Dans Civil War, les femmes ne font que suivre. Dans Injustice, Wonder Woman pousse Superman dans son projet délirant et empale Arès dans le sol, Harley Quinn se joue d'Arrow et de Lobo, les actions sont réellement mixtes dans les deux camps. De manière générale, les super-héros font constamment face à des dilemnes qu'ils doivent résoudre par des actions, alors que Civil War nous laissait davantage dans des super héros qui (sur-)réagissent. Le récit ne lésine pas non plus sur les dégâts, et (ALERTE divulgachage) que je te tue Dick Grayson sur un accident, que je tue Arrow ou que je mutile Batou. Clairement l'équipe autour de Superman est plus forte, et leur logique de ne plus se laisser arrêter par la morale impacte l'histoire.

J'ai acheté d'occasion ces deux premiers tomes, mais je suis curieux de la suite. En écrivant ce billet, je me rend compte d'une finesse d'écriture que j'avais sans doute occultée par manque d'empathie avec l'histoire générale ou certains héros (l'univers DC m'étant moins connu que celui de Marvel). Le personnage de Damian est venu également provoquer mes émotions, dans cette opposition père-fils que j'ai moi-même traversée. Si les dialogues de super-héros à chef d'état prêtent à sourire, et les plans souvent indignes des plus grandes intelligences du monde (la mère de Clark le lancera d'ailleurs à Lex Luthor, en mode "hohé, on utilise ses neurones"), les choix difficiles et les dialogues finissent par faire oublier le décor en carton-pâte.

Et donc vous en conseiller la lecture si l'occasion se présente. Je ne sais pas ce que vaut la suite, j'ai vu quelques planches de l'année quatre (!) qui me laissent craindre un affaiblement des qualités sus-mentionnées sur la longueur du récit.

Sur le jeu vidéo, je serais moins clément, l'histoire, beaucoup plus téléphonée et classique (pour qui manie le concept d'univers parallèle bien entendu), est plombée par le chapitrage organisé en trilogie de trois combats, et finit par lasser complètement. Le jeu par contre n'est pas sans intérêt, donc si les titres de baston vous intéressent, profitez de la sortie d'Injustice 2 pour vous le prendre en promo.